Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘taxi mort’

Le taxi

Un soir en sortant du bureau, j’ai manqué d’être fauché par un taxi. Ceci m’a inspiré ces quelques lignes:

Je sors du bureau et cours pour attraper mon bus.
Le cadrant de mon téléphone affiche 3 minutes, c’est le compte à rebours de ma mort.
Je me fais percuter par un taxi à pleine vitesse, sans même le voir ni l’entendre.
Je suis sur le macadam froid, regarde le taxi, la zone d’activité, l’expression grave des rares personnes autour de moi.
Une existence froide et brève.
Du sang s’étend sur le béton.
C’est absurde.
Le cadrant du téléphone est brisé, il tient toujours dans ma main.
Il affiche zéro minute.
Je songe que je n’ai rien accompli.
Je pensais que la vie était devant moi, que j’étais encore en phase d’initialisation.
Je ne peux rien faire, je ne peux plus bouger.
Malgré toute la technologie qui existe,  je ne peux pas lancer un dernier signe de vie à mes proches. Je n’ai pu qu’à accepter la mort.
Je pensais que j’allais mourir d’un cancer, d’une catastrophe naturelle ou d’un attentat.
Un voile noir se forme devant mes yeux.
Je crois que je suis aveugle.
Ma dernière vision est donc celle de mon smartphone: la technologie que j’ai servie, dont j’ai été l’esclave, me nargue.
Je n’entends plus rien autour de moi. Le silence s’installe.
Je suis sourd.
Mes sens ne répondent plus mais je pense encore.
Est-ce cela la mort? Le début d’une spiritualité absolue.
Mes souvenirs, mes rêves, tout est si flou, comme si ils appartenaient à quelqu’un d’autre, comme s’ils m’avaient été rapportés, comme si je n’avais jamais réellement été moi-même.
Je n’aurais laissé aucune trace. J’emporte tout avec moi, c’est à dire bien peu de choses, c’est regrettable.
Je me rends compte que je n’ai jamais fait de réels choix.
Les quatre dernières années de ma vie passée à servir une entreprise, à passer au second plan de ma propre vie pour un quotidien confortablement chiant.
C’est terminé. Je ne peux pas reprendre la partie. Amère découverte.
Je me rends compte que je suis faux.
Je suis une version factice de moi-même.
Je ne sais même pas qui se cache réellement derrière cette version.
Y-a-t-il vraiment quelqu’un?
Mes faux discours carpe diem…
C’est terrible de se rendre compte à quel point il y a peu de variable à l’entité que nous avons été, qu’elle n’a fait que subir et penser des choses fausses. Les discours, l’apparence, même les pensées sont pour la plupart subies.
Il est trop tard pour découvrir le monde.
Pour vider mon compte en banque dont le contenu est aussi inutile que l’a été dernièrement ma vie.
J’ai toujours dit que j’allais mourir jeune, mais au fond, je n’y croyais pas. Cela conférait un aspect héroïque à mes propos.
Vingt-sept ans, les fameux vingt-sept ans. Je découvre qu’on peut très bien mourir à vingt-sept ans et n’avoir rien créé. C’est d’ailleurs le cas pour la plupart des gens qui meurent à vingt-sept ans, tout comme pour la plupart des gens qui meurent à un tout autre âge.
Je sens débuter comme une douce étreinte.
La proximité de la mort est réconfortante.

Read Full Post »